Les forêts naturelles au cœur de l'Île-de-France : des territoires à reconquérir, au bénéfice d'abord des franciliens et de l'environnement avant ceux de la filière bois.
Communiqué
Nous, associations d'urbanisme, de cadre de vie et d'environnement des communes de Ville-d'Avray, Sèvres, Marnes-la-Coquette et habitants réunis au sein du collectif Fausses-Reposes, avons pris connaissance avec le plus vif intérêt des articles que vous avez fait paraître dans le Monde à la mi-août concernant les forêts urbaines et l'enjeu que cela représente en termes de politique locale d'adaptation et d'atténuation au chargement climatique.
Nous souhaitions à cette occasion attirer votre attention sur le cas, trop passé sous silence à nos yeux, des petites "forêts naturelles urbaines" ou à "forte naturalité" (par contraste avec les forêts "artificielles") qui se trouvent en cœur même d'agglomérations, apportent des services écosystémiques aux habitants sans commune mesure avec les plantations urbaines (dont les fonctions écologiques sont à évaluer - Cf Institut Paris Région) et pour un coût quasi nul, et qui pourtant font encore contre vents et marées l'objet d'une gestion par l'ONF selon des techniques sylvicoles et des doctrines totalement inadaptées à la fonction première sociale et environnementale de ces enclaves de "vraies" forêts en ville.
C'est notamment le cas des petits massifs de la toute première couronne d'Île-de-France, au cœur même de la métropole parisienne et de ses six millions d'habitants. Pas plus de 3 000 ha, à comparer par exemple aux 152 000 hectares de surface boisée de l'Aube, un des départements les moins boisés du Grand Est.
Les forêts de Fausses-Reposes (630 ha) et de La Malmaison (200 ha) constituent deux cas emblématiques de cette situation paradoxale.
Ces forêts défraient la chronique locale depuis de nombreuses années en raison des divergences qui opposent habitants, citoyens et associations environnementales à l'Office National des Forêts qui continue d'exploiter ces surfaces selon les préceptes intangibles du code forestier.
Pourtant classée en ZNIEFF, parmi les plus fréquentées d'Île-de-France à l'ha, Fausses-Reposes en particulier accueille près de deux millions de visiteurs par an. Riche de son histoire, de son patrimoine forestier mais aussi architectural, cette forêt offre, aux portes de Paris, un incomparable îlot de nature, de fraîcheur et de paysages, que n'égalera aucune forêt artificielle plantée à grand coût.
Malgré une opposition locale de plus en plus vive et nombreuse à une exploitation décriée, avec son cortège de coupes programmées, de dégâts aux sols et de chemins défoncés par de gros engins, l'ONF entend y intensifier les coupes incluant les plus grands et vieux arbres, au motif de la nécessité d'adapter la forêt au changement climatique, de renouveler les essences avec des arbres plus profitables et d'anticiper, s'il le fallait, la maladie des châtaigniers.
Pourtant un nombre croissant d'experts (Marie Stella Duchiron et bien d'autres, cf. notamment « Il est temps de prendre en compte l’absolue nécessité de conserver la naturalité des forêts » (lemonde.fr) et d'expériences en France comme en Europe (Allemagne...) mettent en défaut ces pratiques, suggérant de laisser ces forêts se débrouiller et s'adapter à leur rythme selon les principes d'une libre évolution "contrôlée" (pour assurer à minima la sécurité et le traitement des crises sanitaires).
A l'occasion de la préparation du futur document d'aménagement forestier de ces 2 massifs (Fausses-Reposes et La Malmaison) qui va engager la politique ONF pour ces 20 prochaines années et face à cette contestation, l'ONF a dû prendre l'initiative d'une concertation publique associant les collectivités, les associations du secteur et les représentants de la filière bois.
Au moment où cette concertation est en passe de se clore c'est un échec qui s'annonce, l'ONF ayant renoncé à toute remise en question, sur le fond, de ses pratiques.
L'émotion est très large localement et la presse locale s'en est déjà fait l'écho (cf notre communiqué de presse).
Difficile de comprendre en effet que des collectivités et grandes agglomérations puissent dépenser des millions d'euros pour planter des micro forêts artificielles quand les forêts naturelles qui se trouvent sur leur propre territoire sont considérées comme hors sol et abandonnées de facto avec des rendements ridicules à la filière bois, au détriment des valeurs environnementales et sociales auxquelles le public est si attaché.
C'est ce constat largement documenté et argumenté qui motive aujourd'hui l'engagement de nombreux habitants (riverains ou non), associations et notre collectif. Il mobilise également, bien au-delà de Fausses-Reposes et de La Malmaison, dans toute l'Île-de-France (cf. Sauvegarde Forêts Île-de-France).
Au delà du sort qui sera réservé demain à notre forêt de Fausses-Reposes, nous pensons qu'il s'agit là d'un enjeu de portée pour le moins régionale, voire nationale.
De grandes collectivités comme le département d'Île-et-Vilaine avec la forêt de la Corbière, le Grand Lyon avec le parc Miribel Jonage, ou encore Strasbourg avec la forêt du Neuhof ont franchi le pas en démontrant, tout d'abord, la nécessité que les collectivités se réapproprient gouvernance et gestion des forêts et espaces naturels de leur territoire. A la Corbière comme au Neuhof elles ont également montré qu'une politique volontariste de reconquête de naturalité forestière et de biodiversité, s'affranchissant de toute sylviculture, est possible aux portes de nos villes, en faisant le choix de stratégies privilégiant la libre évolution et la fonction d'accueil.
En Île-de-France il semble que ce soit plus difficile qu'ailleurs.
22 Août 2025

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